vendredi, janvier 20, 2006

Vécu et différence

La question de la différence tient une place centrale dans mon histoire . Elle s'est imposée à moi en deux temps .
Petite , c'était un tourment intérieur lié au fait de me sentir rejetée . A la loterie du destin j'avais tiré "grosse patate" , "grande girafe" , "serpent à lunettes"... et je craignais plus les réactions de mes camarades que mes livres de classe ... En récréation , j'étais le plus souvent scotchée à Ma copine , quand je ne faisais pas des exercices de Bled en punition pour avoir abreuvé de paroles ma voisine de pupitre . Tout exercice était marrant et j'adorais ceux du Bled en particulier, ce qui aurait dû selon ma logique ravir mon institutrice ... mais je voyais bien que ça ne l'enchantait guère de devoir m'en redonner deux parce que j'avais fini en 5 mn les deux qu'elles m'avait infligé . Ben oui , comment punir intelligemment une élève à qui l'instruction ne fait pas peur hein ?!
L'été de mes neufs ans a été celui de mon déracinement . Abidjan , Côte d'Ivoire . Un air incroyablement chaud , chargé d'humidité comme d'une bruine invisible . J'avais voyagé en Norvège , en Corse , mais lors des vacances en Martinique j'étais encore bien jeune , alors débarquer dans un pays ou tout le monde , pas une ou deux personnes , TOUT LE MONDE dans la rue était noir et bien noir , ça m'a fait drôle ... jamais je n'avais connu d'endroit si dépaysant . Et puis tout était différent ! les fleurs , les fruits , la forme des arbres , la couleur de la terre , l'intensité des odeurs et de la lumière ... y compris l'école privée et les enfants d'expat' , Français , Belges , Suisses , Libanais etc ... plus ouverts sans doute que ceux de mon village , mais qui avaient leur propres codes , leur patois et leur culture communs .
L'expatriation en Côte d'Ivoire a expurgé la différence que je portais confusément en moi comme une tare , pour la transformer en FAIT , extérieur à toute volonté , incontournable , détaché d'un jugement de valeur. Je faisais cette fois partie d'un groupe minoritaire visible . Je n'étais plus seule face à une adaptation impossible , et surtout je n'étais plus pointée du doigt .
Et à neuf ans , j'étais suffisament jeune pour m'imprégner de la culture de mon pays d'accueil , mais suffisament consciente pour réaliser pleinement les enjeux de ce qui se passait dans ma vie et autour .
Nous vivions à Vridi , un quartier populaire . Nos voisins d'à côté , en frange de la lagune saumâtre , étaient Européens , et ceux d'en face de la classe moyenne Africaine . Je partageais leurs jeux et leurs habitudes , pieds nus à déguster des yaourts congelés ou de la boisson au gingembre achetés aux vendeurs de rue , au grand dam de ma mère , effrayée par les bactéries de tous ordres pullullant sous ces climats ( statistiquement pas pire en ce qui me concerne , côté digestif , que les virus pullulant chez nous !) .
Nous voyagions beaucoup en Afrique de l'Ouest pendant les vacances scolaires (nous rentrions en France en été) . Vivre sur un autre continent , c'est découvrir tous les jours : être émerveillée ou décontenancée , craindre ou s'enthousiasmer , rire ou être attristée mais , surtout pour un enfant qui a moins de recul que les grands , c'est certainement vivre intensément . Je me souviens d'avoir eu bien du mal à dépasser le sentiment de culpabilité qui m'étreignait à chaque fois que j'étais confrontée à la mendicité , à la maladie , et aussi de ma confusion à chaque fois que nous étions accueillis comme des célébrités au son des "toubaaabou ! toubaaabou !" joyeux des enfants dans les villages de campagne ... Je me souviens que mon chemin s'est séparé de celui de mon amie Sally à treize ans , parce qu'à l'heure d'abandonner les jeux , le fossé culturel s'est révélé tel que nous ne trouvions pas à discuter (et ça a été une des leçons majeures de ma vie) ... Je me souviens que des Japonais étaient venu tourner un documentaire , et que je n'avais pas voulu apparaître sur les images d'enfants qui jouaient , parce que dans mon idée une petite Blanche n'y avait pas sa place ... Je me souviens d'enfants sans école qui parlaient de l'école comme d'un innaccessible rêve ... Et je voyais bien souvent la beauté de l'Afrique et des cultures Africaines sans en comprendre tous les fondements .
C'est bien aussi , de ne pas tout comprendre ... finalement ça rend humble et ça aide , paradoxalement peut-être , à accepter la différence pour ce qu'elle est :) .
La question de la différence m'a été posée et reposée sans arrêt , en particulier pendant ces 5 ans de découvertes en Afrique jusqu'à abolir mes jugements de valeur. Ce vécu m'a forgée jusque dans l'âme puisque ce qu'il y a de semblable en nous tous au-delà des différences , le caractère sacré de l'humain et le caractère sacré de la vie , tout cela a été par la suite (j'ai été élevée dans l'athéisme) à la base de mes conceptions spirituelles .
Il me reste finalement l'impression d'avoir vu en Afrique beaucoup de pauvreté mais peu de misère . Beaucoup de joie , d'optimisme , de débrouillardise , de fierté , de simplicité et de courage . Je garde aujourd'hui en moi une petite part d'Africanité , que je ne me sens pas la légitimité de revendiquer mais que je chéris . Avec le temps j'ai idéalisé , sans doute ... le sourire africain a pris pour moi valeur de symbole .
Il me semble finalement que je ne pouvais , avec ce parcours , que finir par accepter MES différences (le travail le plus long !) , et me préoccuper de ce que celles des autres soient acceptées , par eux-mêmes et la société dans laquelle nous vivons ensemble . Ainsi mon engagement dans la size-aceptance est venu , en fin de chaîne , s'inscrire lui aussi dans la logique de mon histoire .

jeudi, janvier 19, 2006

A voir et entendre !

Hier , je suis allée voir ce mec en concert , à la bourse du travail de Lyon ...
Si vous aimez la pop Anglaise bien mélodique mais pas seulement , écoutez-le .
Si vous aimez un peu , ou beaucoup le jazz mais pas seulement , écoutez-le .
Si vous en avez marre d'entendre toujours la même soupe et les même voix , écoutez-le .
Si vous voulez savoir comment ça sonne , un jeune artiste de son temps qui a digéré les courants musicaux actuels mais assume sa passion pour un genre ancien déjà (quoique toujours vivant!!) : écoutez-le .
Si vous êtes irrésistiblement attirés par les mélanges de genre quand ils sont réussis (ce qui n'est pas toujours évident) , écoutez-le .

Et allez le voir si vous aimez les show-men survoltés , qui pourraient être votre jeune pote avec le baggy et les cheveux en pétard ... mais attention ! vous allez vous prendre du p'tit génie dans la face ! multi-instrumentiste , auteur-compositeur et BRILLANT interprète (j'adoooore sa voix expressive , fêlée juste ce qu'il faut )... y'a p'têt un truc qu'il ne sait pas faire ... chais pas ...

Jamie par lui-même ça donne (tiré de sa bio sur le site ):
"People ask why I play jazz. It's because you can take it to so many different places. You can embrace dance music, rock, pop music, classical, funk, everything…"

(P.S : Un bisou à Sophal : c'est un plaisir de partager de bons moments et de discuter avec toi mon pote !)


lundi, janvier 16, 2006

Deux rondes présidentes

Ci-dessous le post que j'ai écrit à l'instant sur le forum du Pulpe Club

Et de deux !
Après le Libéria , le Chili !
Certes , ce ne sont pas des SSBBW (super sized big beautiful women : terme utilisé dans la size-acceptance pour désigner les femmes très rondes) et le fait qu'elles soient rondes fait moins parler , heureusement , que le fait qu'elles soient des femmes ...
Il n'empêche que j'ai entendu les guignols dire ce soir-même que Ségolène Royal ne pourrait pas être présidente parce qu' "elle , elle est jolie", et je ne peux oublier que Roselyne Bachelot comme Simone Veil en son temps ou Dominique Voynet (j'évite Boutin et la fille Le Pen par conviction ...) , en fait toutes les femmes politiques françaises ont été à de nombreuses reprises "chahutées" sur leurs rondeurs (et leur look en général) par leurs collègues comme par les journalistes .
Il semblerait qu'il y ait deux catégories bien distinctes de femmes dans les médias en France , même dans un milieu aussi intellectuel que la politique : les belles , et les pas belles , dont les rondes feraient automatiquement partie ...

Alors messieurs les journalistes , de grâce arrêtez de présenter le Chili comme "traditionnellement machiste"!
Car de la France ou du Chili , quel est le pays le plus machiste , et accessoirement le plus grossophobe ?!

jeudi, janvier 05, 2006

Résistance masculine ATAVIQUE aux produits ménagers : démonstration

Trouvant que la poubelle que Gredou fermait puirait fort le bouc faisandé , je lui en demandai la raison . il me répondit que c'était à cause du contenu de la petite poubelle de salle de bain qu'il venait (fort aimablement) de verser dedans . La petite poubelle en question n'étant habituellement point habillée d'un sac plastique , je suggérais à Gredou de la désinfecter à la javel .
"Mais où donc est la javel ?" me demanda Gredou .
"Dans le placard , derrière le bureau", lui répondis-je.
Sur ce , mon Gredou s'empressa de saisir la bouteille dans le placard , en fait une vieille bouteille de coca remplie de javel , et remplit à gros flots (il l'aurait remplie de javel PURE à moitié si je n'avais arrêté son geste) la petite poubelle plastique , elle-même posée ... SUR LA CHAISE DE BUREAU EN TISSU NOIR !!!! non seulement il en foutut (foutit ?) sur le sol et la chaise , la décolorant irrémédiablement (c'est pas grave , c'est juste une chaise de bureau à environ quarante euros hein !) , mais en plus , manque de bol , la bouteille s'étant craquelée du cul quand il l'eût soulevée de son étagère , elle fuyait , ce qui fit qu'il en mit aussi sur son pull côtelé en coton préféré , et un pantalon de toile qu'il utilise pour faire cours , peut-être le seul qui n'avait pas encore d'accroc ou de déchirure quelconque .
Bien sûr c'est de ma faute , parce que j'ai mis de la javel dans une bouteile de coca ...
Si vous êtes justement en train de boire du coca , je vous conseille de bien finir d'avaler votre dernière gorgée avant de lire ce qui suit (quand il ressort par le nez , ça fait bobo , le coca ...) .

Selon Gredou , étant donné son adresse surnaturelle et son incroyable précision , le fait de manipuler de la javel avec ses beaux habits sur une chaise en toile noire n'a absoluement RIEN D'ABSURDE !!!!
Tout comme le fait de tenter de "DETACHER" ENSUITE LES DECOLORATIONS AU K2R EN BOMBE (looooool)!!!

(Si encore j'étais sûre que ça lui serve de leçon , fffffff <--- soupir désabusé ...)